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Prise en charge globale de la Fibromyalgie


La fibromyalgie n’est pas une maladie en tant que telle : c’est un syndrome, c’est à dire un ensemble de symptômes. Au moins, porte-t-elle un nom ! Avant, les gens qui en souffraient étaient pris pour des dépressifs, des simulateurs, des hystériques, des « spasmophiles »...
Enfin, les douleurs chroniques sont prises en considération.

 

DOULEURS, FATIQUE INTENSE...DES SYMPTOMES MULTIPLES

Deux millions de Français sont touchés et surtout 14 millions d’Européens dont principalement des femmes (de 80 à 90%). « Ce sont très souvent des personnes actives mais sensibles au stress mal géré », explique le Dr Charley Cohen, rhumatologue, auteur d’un livre intitulé la fibromyalgie, un état douloureux enfin reconnu et pris au sérieux, aux éditions J.Lyon. En effet, on retrouve un profil de femmes très particulier : elles sont combattantes, serviables, même perfectionniste, mais aussi émotives, trop sensibles, ayant besoin de reconnaissance. Au final, elles n’arrivent pas à assumer la compétition de la vie actuelle et c’est alors que le corps parle. Chez toute, on retrouve à peu près les mêmes signes : des douleurs « baladeuses » qui ressemblent parfois à des brûlures ou à des décharges électriques, des difficultés à dormir, une fatigue intense, un manque de concentration et des troubles de mémoire. Autant de manifestations qui peuvent apparaître à la suite d’un traumatisme physique ou psychologique et qui sont aggravées par le stress excessif. Les difficultés professionnelles ou personnelles  sur un état déjà anxieux baissent le seuil de la douleur et viennent aggraver les symptômes. Cet état crée une tension des muscles et « on voit apparaître des contractures musculaires douloureuses. Ainsi, s’installe la spirale infernale », explique le spécialiste.

Des nouveautés côté diagnostic

Cette maladie autrefois difficile à diagnostiquer puisque ses symptômes appartiennent à de nombreuses autres maladies, trouve enfin ses marques. Et, il est très important d’avoir recours rapidement à un diagnostic.
En effet, la douleur, quand elle s’installe, peut s’accompagner de troubles annexes : des problèmes digestifs (côlon irritable), des maux de tête par exemple, voire une dépression à cause des douleurs continuelles. Les médecins disposent d’un test qui oriente leur diagnostic. Et, lors de l’examen clinique, on a recensé dix-huit points douloureux sensibles à la palpation et répartis sur le cou, les épaules, le bas du dos, le haut des cuisses, les genoux. A part cela, les articulations sont normales, l’examen neurologique et les analyses sanguines également… Seul le taux de vitamine D peut être au plus bas, ce qui amplifie les douleurs et tend à aggraver notablement les troubles de l’humeur.
Quant aux radiographies, elles restent banales. Cette absence d’anomalies a longtemps laissé penser que la fibromyalgie était un état qui se situait « dans la tête ».

DES MEDICAMENTS...

Le meilleur médecin pour vous sera celui qui ne nie pas que vous souffriez. « Il faut écouter attentivement le patient, le croire, reconnaître sa souffrance et ne pas banaliser la douleur », insiste le rhumatologue. Et faire comprendre que la prise en charge doit être forcément « globale ». Au niveau des antalgiques, seul le tramadol (sur ordonnance uniquement) est considéré comme efficace. Les anti-inflammatoires ne sont pas utiles. En revanche, certains antidépresseurs et antiépileptiques ont une action sur la douleur chronique. Mais il faut aussi restaurer le sommeil. Tous ces traitements peuvent être complétés par des médecines douces notamment pour favoriser le sommeil. Certaines plantes, le magnésium, les oméga 3, les antioxydants, la vitamine D donnent aussi un coup de pouce à la résistance au stress.


ET DES INJECTIONS LOCALES POUR DETENDRE LES MUSCLES

Pour soulager la douleur, le médecin pratique « des injections locales superficielles personnalisées constituées d’un mélange d’anesthésiant, d’un anti-inflammatoire et d’une très faible dose de corticoïde, juste en regard des zones douloureuses. Elles permettent  de détendre les muscles ou encore de calmer  un tendon douloureux. Mais pour que cette technique soit vraiment efficace, il faut renouveler les injections jusqu’à ce que les douleurs aient complètement disparu », ajoute le docteur Charley Cohen.


LA PRISE EN CHARGE NON MEDICAMENTEUSE

Les patients fibromyalgiques ont tendance à se replier sur eux-mêmes, une attitude qu’il faut absolument combattre.
L’idéal est de pratiquer chaque matin des exercices simples : travailler la respiration, faire des mouvements d’étirement, de bascule du bassin, de renforcement des abdominaux. Les patients qui s’en sortent le mieux sont ceux qui parviennent à changer leur mode de vie, à changer leurs habitudes en prenant du temps pour la détente et les loisirs. La relaxation, la sophrologie sont très efficaces pour apprendre à mettre son stress à distance. Il est aussi nécessaire de faire des massages, des applications de chaleur ou des exercices en piscine qui vont réconcilier le malade avec son corps, détendre les muscles, reprendre un entrainement au mouvement. « Mais attention, les massages doivent être doux, ni trop appuyés ni trop profonds et les exercices physiques très progressifs », alerte le Dr Cohen.
Peu à peu, le patient doit se remettre au sport : marche rapide, natation, danse, cyclisme…
Un soutien psychologique chez un psychothérapeute peut également être utile. « Pourtant, en France, beaucoup de malades sont réticents. Les patients douloureux chroniques ont d’ailleurs énormément de mal à parler d’autre chose que de leurs douleurs », souligne le Dr Charley Cohen. L’essentiel cependant est qu’ils continuent à être actifs physiquement et socialement. Grâce à une prise en charge multifactorielle, nombre d’entre eux retrouvent le plaisir de vivre.



Questions / Réponses au Docteur Charley Cohen

Malgré sa reconnaissance par l’Organisation mondiale de la Santé, la fibromyalgie reste un état peu reconnu. On la confond souvent avec la spasmophilie, la dépression ou, pire, certains pensent encore qu’elle est totalement imaginaire. Portant des progrès récents permettent de l’identifier avec une quasi-certitude.


1- Pourquoi cet état touche-t-il surtout les femmes ?
Contrairement à ce que l’on pourrait penser il n’y a pas de raisons hormonales.
En revanche, les femmes sont plus sensibles au « mauvais » stress .Or  au quotidien, on constate toujours une inégalité de répartition des charges. Elles doivent concilier vie familiale, activité professionnelle avec des tâches ménagères fatigantes. . Enfin, leur seuil de tolérance à la douleur est  plus bas.

2- Peut-on retrouver certains facteurs déclenchants ?
A l’origine des troubles, on trouve souvent un traumatisme physique (coup du lapin, accident, agression, chute) ou psychologique (harcèlement au travail, deuil, séparation). Tout se passe comme si ce traumatisme venait en quelque sorte réactiver des traumatismes antérieurs.

3- A l’inverse, le fait de souffrir de douleurs chroniques, d’avoir mal partout, peut-il cacher une autre maladie ?
Il est essentiel de pratiquer un examen approfondi, car le risque serait de passer à coté d’un rhumatisme inflammatoire comme une spondylarthrite, une polyarthrite, un lupus. Il faut aussi éliminer des douleurs musculaires dues à des médicaments. Les statines, contre le cholestérol, sont connues pour avoir un effet secondaire. Une carence en vitamine D, un trouble de la thyroïde, une dépression masquée peuvent aussi être responsables de douleurs chroniques. Enfin, fibromyalgie et fatigue chronique sont deux états proches et il faut savoir les différencier.

4- Pourquoi faut-il continuer à bouger ?
Quand on souffre au quotidien, on restreint naturellement  ses activités. Cette inactivité va aggraver à son tour les douleurs et créer un état dépressif secondaire.
Il faut tout faire pour continuer à vivre normalement, se faire plaisir en prenant régulièrement du temps pour la détente et les loisirs préférés.
Et surtout, pratiquer  une activité physique régulière .En stimulant les endorphines, elle a un effet bénéfique sur les douleurs, sur le sommeil et la qualité de vie.

5- Quel est le traitement le plus actuel pour diminuer les douleurs ?
Je préconise des injections locales superficielles au niveau des zones douloureuses constituées d’un mélange d’un anesthésique, d’un anti-inflammatoire et d’une très faible dose d’un corticoïde à action rapide afin de réduire la douleur à l’endroit même de la souffrance. Bien entendu, un traitement de fond pour augmenter la tolérance à la douleur peut être proposé tel qu’un antidépresseur à faible dose et bien sur une rééducation adaptée avec des exercices physiques à pratiquer régulièrement avec modération.